des particules d’amour actives: dispersion, éparpillement, constellation

 

« L’indifférence des choses n’est peut-être que la face tournée vers nous d’une tendresse qui ne peut nous atteindre. »

Roger Munier, le su et l’insu, 2005

Avec une contribution musicale de Eguiluz trio (Ontologies, 2017) absolution

Prologue en forme de visions

Ce texte est traversé de particules et des parcelles en provenance de :
Audrey Rousseau, Di Ponti, Géraldine Eguiluz, Estela Lòpez, Gein Wong, Isabelle Fortier, Irmgard emmelhainz, Kai Cheng Thom, Kisha Montgomery, Lamia Yared,  La Métisse, Marie-élise L’espérance, Maude Caron, Nosotrxs, Pedro Soler, Saša, Susnna Pacara, Shandi Bouscanier, Sylvie Tourangeau, Taniel Morales, Toino, Veronica Raven, Victoria Stanton, Violette, Virginie Jourdain, Y.
  gratitudes

Depuis plusieurs mois, j’apprends à apprivoiser le suicide de Véronica, ami.e artiste, guérisseuse, Cree et deux-esprits.
Le deuil est un.e amour qui a perdu sa correspondance et qui flâne lentement, à l’écoute.

Dans notre jardin, un wigwam issue de notre collaboration, allait prendre la forme d’une cage thoracique de baleine, précieuse antre rassembleuse de rituels et de soins.

En demandant ce que Véronica nous avait laissé, des particules d’amour actives sont apparues.

Nous avions collaborées en 2012 avec mon amie Isabelle Fortier et des étudiant.e.s en co-construisant un wigwam, au CEGEP de Maisonneuve, à Tiota:ke, (colonialement connu comme Montréal).  Cette maison traditionnelle Kanien’kehá:ka fut ensuite déplacée dans la cours de la bullionie, la maison collective où j’habite.

Véronica était Cree deux esprits, porteuse de cérémonie, artiste & wounded healer. Dans son enfance, comme bien des autochtones du Canada, ille avait été arraché.e à sa famille très jeune, placé.e dans une école résidentielle, violenté.e et abusé.e sexuellement. Les membres de sa famille souffraient de dépression et de divers addictions. Veronica ouvrait des cercles de paroles, et assistait d’autres blessées guérisseureuses, dans de longs rituels de guérison, Ille faisait partie d’une troupe de théâtre et de marionnette interdisciplinaire, avec une forte présence catholique, tournée vers la réconciliation.

Après un divorce difficile, Veronica est repartie en Saskatchwan, sa terre d’enfance. A l’été 2016,  ille est faisait son coming-out comme femme trans. Véronica voulait revenir à Montréal cet été 2017 pour être soutenue dans sa transition. Mais en décembre 2017, quelques heures après que nous ayons échangé en ligne, elle s’est donné la mort. J’étais dévasté.e de culpabilité coloniale et d’échec. Nous avions perdue une amie, une guide spirituelle, l’une d’entre nous, par manque de nous. Je ne sais pas comment faire  deuil. Je ne savais pas comment faire sens, comment faire place à ce mélange de rage envers les ramifications de génocide colonial, de honte catholique et de transphobie, tout en honorant et respectant son choix de départ.

Ma première vision fut reliée au besoin de faire plus de place à nos coeurs trop pleins. ça prendrait une cage thoracique de baleine. j’ai cherché. Jusqu’à ce que je réalise que c’était justement et exactement la forme du wigwam. Nous allions donc l’habiter. Pendant trois jours de performance, d’installation, de soin, de deuil, de guérison, d’amour, de danse, de rituels, de rituels que nous ne savons plus faire et que nous tâtonnons, quand même.

La seconde vision était que Véronica avait à la fois rejoint et laissé quelque chose, une forme de lien à l’harmonie. Ille portait bien du cynisme mais dans les interstices des moments noirs, ille voyait de la beauté un peu partout, dans la vie, dans la ville, et dans la mort aussi. Veronica avait vécu 3 expériences de mort limite, et en parlait avec beaucoup de paix, de communion. Je voulais communier avec sa mort. Et comprendre ce qu’elle avait laissé et rejoint. Le lien, ce qui fait lien, entre il, elle, ille, entre nous, entre nos ancêtres et nos descendances. Et en particulier, nos ancêtres et descendances queer : ces transgénérations non-parentales. Ce qu’ille avait laissé, je le sentais, je le voyais, bien vif, dans l’air : des particules d’amour actives. Quelque chose qui transporte de l’énergie de restauration et que j’avais mieux envie de comprendre. Cela deviendrait le titre de la soirée de performance et de rituels dans la cours de la Bullionie et dans le wigwam. Ce sera aussi le titre du projet qui suivra au Mexique.

La troisième vision, c’était une sorte de rêve. J’ai vu passer l’appel de ce festival organisé par Pedro Soler (pour Transitio), et dont la question faisait écho en profondeur: comment dire nous  au delà des genres ? Como Decir Nosotrxs? Dans mon rêve, il y avait beaucoup de chaos, une maison rouge, des parois en ruine. Je préparais quelque chose avec Taniel Morales et Géraldine Eguiluz. Nous avions du mal à nous rejoindre, comme si nous n’étions jamais tout à fait dans la même salle. Une étrange façon de dire nous.

 

 

 (dernier dessin par Saša)

Définitions en guise d’embrassement des possibles

 

Dispersion:

Mouvements depuis un centre en direction(s) incertaine(s)
Élan simultané de points de fuite aux rayonnements variables
Insulte destinée à ordonner structure aux hyperactives dont la trajectoire générale n’est lisible d’aucun point connu
Relâche après un temps d’ordre ou d’arrêt soutenu
Effet du vent sur les particules terrestre et célestes
Phénomène optique de division du spectre de la lumière
Voire :
Diaspora
Envols
Souffle

 

Éparpillement:

Dispersion qui a perdu son centre
Ensemble de mouvements aux origines et directions incertaines
Intention à haut risque de perte d’énergie et de sens
Concentration de fragiles probabilités de rencontre
La Voie Lactée naquit un jour de l’éparpillement dans l’espace d’une goutte du précieux liquide jailli du sein de Junon (Huyghe, Dialog. avec visible,1955, p. 219).
Voire :
Semences
Trajectoires
Turbulences
Dissipation

 

Constellation:

Reliance choisie et multidimensionnelle de points lumineux éparses sur fond souvent obscure ou profond.
Dessins célestes et terrestres permettant de s’enligner
Tentative d’association entre point sensoriels distanciés
Attirance mutuelle d’intuitions dispersées
Voire:
projections
retro-futurisme
reliance
rose des vents

 

Particules

Infiniment petit de la matière.
Parcelle très ténue d’une substance ou d’un corps matériel.
Portion de matière suffisamment petite pour pouvoir être considérée comme ponctuelle
Potentialités héréditaires contenues dans le noyau cellulaire
Dualité onde-corpuscule : une particule peut se comporter comme une onde élémentaire, composite, subatomique
Elles peuvent prendre de l’expansion avec la chaleur, et possiblement changer de forme, devenir liquide, se rependre. Et puis se rétracter, disparaître et réapparaître dans leurs propres dimensions.
Voire :
parcelles
substances
spores
traces

 

Amour(s) active(s)

amour(s): nom masculin qui devient féminin au plurielle
forme des îlots qui parfois constellent
échappe aux anthropocentrismes
amours actives : par lesquelles on ne tombe pas, nourricière et guerrières de guérison
amours décoloniales: qui renversent amoureusement, dans l’espace temps d’un élan, un système colonial et  les cultures du viol appliquées à tous les univers
Le deuil est un.e amour qui a perdu sa correspondance et qui flâne lentement, à l’écoute.
voire :
All about love, bell hooks
Islands of decolonial love, Leanne Simpson
Queering nature : the liberatory effects of queer ecology, caitlin doak

Reliance(s) et Tremblement

Advenir

Beaucoup de choses sont advenues. D’autres non.
Un ensemble désarticulé de choses et des formes réceptives sont advenues.
Désarticulé parce que ça ne ressemblaient pas aux attentes et aux projections.
Désarticulé parce que bousculé depuis le centre et l’écorce.
Désarticulé parce que laissé comme tel, faute de mieux.
Désarticulé et soigné comme tel.
Ici, rassemblées, quelques parcelles de ce qui subsiste dans la mémoire de Goldjian

Enroulement , déroulement :

De juin à septembre 2017, le trio Taniel Morales, Géraldine Eguiliz et Goldjian procède à des échanges électroniques de perceptions de particules d’amour actives, en vue du festival Como Decir Nosotrxs, dirigé par Pedro Soler, pour Transitio, (CENART), Mexico.

16 septembre 2017:

j’arrive au Mexique le habité.e par deux questions, en plus de celle du festival

Comment apprend-t-on à aimer ?
Que faire quand on ne sait pas quoi faire ?
Comment dire nous ? (Como decir nosotrxs ?)

18 septembre:

Première rencontre de travail au CENART – avec géraldine et Taniel, pour tisser la suite des intentions des particules

 

 

19 Septembre:

Ce matin là, Taniel, alité nous annonce qu’il est trop malade pour travailler.
11h : des test des alarmes sismiques de la ville, commémorent le Tremblor de 1985
14h17 : je prends des nouvelles de Taniel, il répond.
14h18 : la terre tremble, à la magnitude 7.1.
20171026_193955

Colère tellurique. Quelque chose en moi est profondément d’accord avec elle. (Peut-être parce que j’ai le luxe d’être en sécurité). Et puis je réalise le chaos dans la ville, l’adrénaline dans les rotules, je parcoure les rues pour voir, savoir, savoir quoi faire. Il y a la terreur, la panique et les morts. Devant un building écroulé, on transportera des seaux de pierre et de vêtement, en chaîne pour défaire d’immense bloc d’un immeuble écroulé. Chaîne et poings levés pour faire silence et écouter ceux qui sont en dessous. Plus tard, des centres d’aides s’organisent, s’activent, amoureusement. L’autogestion émerge des décombres.

 

22 Septembre:

Assemblée avec tous les membres du festival, les artistes et le directeur artistique, à la Cozadera, un espace d’art féministe ouvert pour l’occasion.  On apprend que le CENART est trop endommagé pour recevoir le festival Transitio. Mais tout.e.s les participant.e.s présent.e.s ainsi que le directeur artistique sont convaincus de tenir le festival malgré tout, en lien conscient avec ce qui vient de se passer. L’événement est maintenu sous le titre « Como decir nosotrxs?« : il sera déplacé et on travaillera avec ce qui est là.

 

photos: Hanna Quevedo

23 Septembre:

Discussion et auto-organisation de la radioparlamiento et du festival. On apprend que Taniel Morales est atteint d’une pneumonie atypique. Pendant une semaine, nous craignons pour sa vie. Nous gardons le contact. Avec d’autres membres du festival qui le connaissent, nous pensons à lui avec espoir et amour.

25 septembre:

Le festival s’ouvre avec un cérémonie d’ouverture dans le parc du musée anthropologique. Como Decir Nosotrx? aura lieu à la Casa del Espectro Electromagnetico du 26 au 28 septembre.

26 septembre :

Tout au long de notre séjour, nous avons ramassé des sacs plastiques et des gobelets de styrofoam, qui seront peints en noir. Nous nettoyons le jardin et préparons l’espace, avec la présence intense des chiens. Nous pensons qu’il n’y a pas de retroprojecteur sur place, alors nous laissons cette vision de coté et nous concentrons sur des projections vidéo. Celle de Petropolis  sur les tar sand de l’Alberta, en reliance à l’une des origines petrochimique du plastique qui se déverse ici. Cette version de 15 minutes fut éditée pour accompagner la tournée « Honor the Treaties » organisée par Neil Young en 2014. Le film est de Peter Mettler (2009, 43 minutes). Un autre film monté par Goldjian devait être projeté : les cèdres de l’ile au massacre, mais la télécommande de ce projecteur avait disparu, le moment de la performance venue.

 

photos: Hanna Quevedo

27 septembre:

20h: las particulas de amor activas ouvre un rituel en duo entre Goldjian et Géraldine Eguiluz:

Un cercle de maïs entrecroisé de lueurs, et quatres formes composées de verres de styrofoam récupérés nettoyés et peints en noir, empli d’eau et de lumière  tentait de protéger ce qui s’annonce.

Géraldine joue de la guitare.

Au centre, une boule noire, illuminée de l’intérieure et enfilés d aiguilles. Je voulais faire apparaître une constellation lumineuse et rejoindre chacun au soleil.  Mais la plupart des fils étaient emmêlées  a l intérieur et je n ai réussi qu’a en tiré 4.

Je distribue de la poudre de Mica à tout le monde en bredouillant à un quart du cercle : On nous dit que ce qui transmet de génération en génération se sont des traumas. Je le crois.  Mais je vois aussi des transmissions de force et d’amour incroyable. Des particules.

Géraldine s’est déshabillée et lentement et fièrement rhabillée de plastique.   C’est la trompette qui prend le relais.

Géraldine s’est mis a suffoqué sous ses sacs.

Je l’aide à se déshabiller de nouveau.

Elle se couvre d’une toile blanche tachée de noir.
Nue sous la toile, Géraldine a retrouvé sa guitare.

Je distribue de petits instruments dans le cercle pour l’accompagner
J’offre à chacun.e une petite bobine de fil dorée

Le film des tars sand s’est mis a rejoué parce qu’il tournait en boucle.
J’ensevelis le projecteur sous ce qui restait de maïs. C’est jaune lumineux comme un petit feu.

Le tonnerre gronde.

J’apporte un vêtement à Géraldine et l’entoure de tendresse.

 

photos: Hanna Quevedo

Les particules sont bredouillante de différentes façons.
Elles résultent de nombreuses dispersions
Elles s’échappent en éparpillements.
Peut-on leurs rendre hommage ?

On entend parler des particules, comme si elles avaient leur vie propre. On se rencontre et l’on se rend compte, que d’autres formes de particules émergent. Les particules d’amour actives se sont aussi étendues à la création d’un espace de soin à l’intérieur du festival, en particulier auprès des activistes et artistes de radio communautaires boliviennes. On réalise, qu’en plus d’être une performance, le projet de particules d’amour actives est perçu comme une forme d’art relationnel, qui émerge infiltrantes, dans le lien avec les humain.e.s, les animaux, les minéraux, les végétaux et la terre comme amante.

 

photos: Hanna Quevedo


Les rencontres sont profondes. Elles se concentrent notamment avec l’animation d’un espace radiophonique.  Nous y écoutons des activistes Boliviennes, dont Susana Pacara et Sandra Cossio Colque qui nous parlent de violences patriarcales et capitalistes, et de leurs rapport à la terre, du besoin de demander permission.

Nous y écoutons aussi Irmgard Emmelhainz, qui nous parle de décolonisation des façons d’envisager les liens, les relations. Qui nous dit que l’occident cherche du spectacle, que la décolonisation est humble, en écoute, en réception.

Le 2 Octobre, nous nous retrouvons avec Géraldine. On renoue une discussion à savoir : si tout fait toujours sens (if every thing come for a reason), ou si c’est nous qui avons le devoir de le faire. Et si ces reliances divergent, peut-on vivre avec un non sens, un gros non sens, une dépression, ou un chaos qui cohabite avec le sens des autres. Peut-on vivre ensemble, faire sens différemment ou ne pas faire sens, sans chercher à se convaincre les uns les autres. On touche à la question du nous. Dire nous est un processus, une question perpétuelle, une écoute, une reliance difficile, un dialogue de mutualité. Faire appel au nous est un défis amoureux.

En après-midi, une rencontre avec Taniel Morales à son domicile permet de s’assurer de son état de santé mais aussi de clore le travail relationnel et performatif avec lui, en finissant une partie de l’oeuvre (dont une boule à particules lumineuse, percée lors de la performance par des aiguilles enfilées de fil dorés, qui furent remis aux participant.e.s.). Ensemble nous tissons des liens de sens, de guérison et de continuité.

 

Dia7_Bolas a particules_ Con Geraldine Y Taniel morales_2 Octobre

Questions et tâtonnements:

Les questions d’origine allaient se décliner en sous-questions. En lâchant prises, sont apparues, quelques bribes de réponses / révélations:

  •     Comment apprend-on à aimer ?
    • par mimétisme ?
    • par intuition?
    • par instinct de guérison ?
    • à contre courant, malgré tout ?
    • par désirs de futur ?
  •     Qu’est-ce qui se transmet, de nos ancêtres, vers le futur et qui passe par nous  ? 
    • des flores intestinales?
    • des spores?
    • des traces métamorphosées ?
    • des moisissures phosphorescentes ?
    • des génomes?
    • des traumatismes ?
    • des rêves ?
    • des grains de beauté?
    • de l’eau bue, pissée, évaporée, plue, polluée, filtrée, rebue ?
    • des histoires de famille ?
    • des désapprentissages ?
    • quelques sagesses éparses ?
    • des visions pour savoir quoi faire devant l’inconnu ?
  •     Que fait-on quand on ne sait pas quoi faire?
    • Ne pas savoir quoi faire en tant qu’artiste, ça malaxe l’égo.

    • Ça rappelle au besoin d’en finir avec l’héroisme, ça n’empêche pas de se tenir droit

    • ou couchée), mais ça ouvre à la possibilité de tomber, désarticulé.e

    • ça sait qu’on ne sait plus bien comment faire des rituels

    • ça sait qu’on peut en faire quand même.

  • Comment dire nous ?
    • Par quel(s) langage(s), depuis quel lieu, quelle urgence, quelle posture?
    • Avec qui et pourquoi?
  • Qui sommes nous ? 
    • Ceuxlles qui nous habitent
    • Ceuxlles qui nous précèdent
    • Ceuxlles qui viennent
    • Ceuxllles qui se rencontrent
    • Ceuxlles qui reconnaissent
    • Ceuxlles qui savent que tout apprentissage est mutuel.
    • Ceuxlles qui aiment écouter
    • En assemblée, en cercles restaurateurs, en constellations
  • Pourquoi dire nous ?
    • Lorsque le sens s’échappe enfin à l’emprise des cerveaux
    • Lorsque le sens s’échappe enfin des religions impératrices
    • Lorsque religions redevient reliances
  • Faire appel aux nous :
    • En entrant dans les bois
    • Dans des ateliers aux méthologies queer et DIY
    • Dans des rituels, en silence, ou en cercles
    • En constellant entre les particules

Morphogénèse

Les particules d’amour actives ne forment pas une performance.

Elles ont une parenté lointaine avec les énoncés performatifs,
(les actes de langages)
mais c’est l’inverse  :

Elles ne performent rien
Elles étaient déjà là
Elles ne disent rien
Elles ne procèdent pas du langage humain.
Elles décentrent l’antropos du récit
Elles le mettent au service de la vie
comme toutes les autres

Elles s’activent depuis le fond des temps
Elles entendent l’asphyxie des arbres sous leurs manteaux de gommes à mâcher
Elles éclaboussent les déchets pour qu’on les sortent des rivières
Elles animent les vivant.e.s du dessus à écouter ceuxlles qui sont pris sous les décombres
Elles se baignent dans les étrangetés des performativés queer de la nature
Elles engendrent des îles décoloniales
Elles transportent les spores de nos ancêtres
les traces transgénérationnelles
de fiction visionnaire
et d’onde d’amours telluriques

Elles raccommodent au fils d’or
les déchirures du monde,
et forment des ponts entre les parcelles

Elles ont l’odeur d’après la pluie
Elles tissent des liens de sens qui s’ancrent dans le future

C’est difficile de parler d’elles, parce qu’elles se dispersent facilement.
Elles s’éloignent et s’éparpillent en désespoir de cause
Elles disparaissent de l’expérience
jusque parfois de la mémoire
lorsque majore le chaos, le choc des plaques, la violence du nonsens
font dépressions

En dépression, le cerveau rentre dans son antre,
en s’assurant qu’une cloison diaphragme le coupe
de toute affluence émotionnelle – affective

Or, ces particules sont affectives,
elles tissent des toiles par affinité,
des chemins au travers du blafard
elles nouent durablement des nous de constellation éphémères
elles s’incrustent momentanément dans les connecteurs neuronaux
pour y souffler
de petits faisceaux de lumière

elles se dispersent,
ou s’éparpillent
c’est leur modus operendi

alors
devant le chaos,
apprendre

se prosterner devant nos ennemis

faire appel aux nous,

aux nous telluriques,
aux nous des myceliums
aux nous qui ne savent pas, si souvent
et qui, humbles, demandent
écoutent, attendent, entendent, ensemble,
ce qui parle,
ceuxlles qui parlent
ceuxlles qui ne parlent pas.
ceuxlles qui se souviennent du buen vivir
ceuxlles qui savent,
that higher self is earth itself

pour s’enligner
consteller

redevenir antenne

naviguer l’intergénéalogie des territoires des sens
et retrouver
ce qui fuit le spectacle
et relie en silence
amoureusement
la dispersion

Inspirations

Publicités